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Impôts: les déductions profitent aux riches


Il sera bientôt temps pour chaque contribuable de remplir sa déclaration d'impôt. Pour tenter d'alléger la facture, une seule solution: déduire un maximum de frais. Problème: tous les citoyens ne sont pas égaux face à ces déductions. Les riches sont davantage concernés et les rabais d'impôt qui leur sont accordés sont bien plus importants que ceux concédés à une personne au revenu modeste

Alexandre Haederli - le 13 février 2010, 21h50
Le Matin Dimanche

Troisième Pilier Enomie d'impot Image © Augagneur

Payer moins d'impôts. Le rêve de tout contribuable. Pour y parvenir, la course aux déductions est devenue un sport national. Un tiers du total des revenus générés en Suisse serait ainsi déduit des impôts, de l'aveu même de l'Administration fédérale des contributions. Frais de déplacement, repas hors du domicile, 3e pilier lié, frais de garde et ainsi de suite: au total, 27 déductions sont admises. Chacune d'entre elles fait diminuer le revenu imposable et donc le montant de la taxation.

Sur le papier, l'idée a tout pour plaire. Seulement voilà: dans les faits, tous les contribuables ne sont pas égaux face aux déductions, et cela pour deux raisons.

 

Premièrement, les statistiques montrent qu'une personne au revenu élevé a accès à davantage de déductions. Une vaste étude, menée dans le canton de Genève il y a quelques années, indique que seuls 3% des contribuables dont le revenu annuel se situe au-dessous de 20 000 francs profitent par exemple de la réduction liée au 3e pilier. Alors que cette proportion atteint presque 30% pour les revenus situés entre 80 000 et 100 000 fr. Logique: il faut avoir un certain salaire pour se permettre d'en placer une partie dans un 3e pilier. Idem pour les déductions de frais immobiliers: seuls les propriétaires y ont droit et, bien souvent, ils ont des revenus confortables.

Cumul de déductions
Comme les différentes déductions s'additionnent, un propriétaire qui a les moyens d'investir massivement dans la prévoyance verra le montant qu'il doit aux autorités fiscales drastiquement réduit.

D'autant que, et c'est la deuxième source d'inégalité entre riches et pauvres, plus le contribuable est riche, plus le rabais d'impôt est élevé.

Prenons un cas concret: un employé de commerce dans le canton de Fribourg, qui touche 6000 francs par mois. Chaque jour, il parcourt 22 kilomètres pour se rendre sur son lieu de travail et, faute de transports publics performants, il est obligé de prendre sa voiture. En une année, il devra donc parcourir quelque 10 000 kilomètres. Au moment de remplir sa déclaration d'impôt, il multiplie ce chiffre par 70 centimes, le dédommagement kilométrique fixé par le canton, et inscrit la somme de 7000 fr. dans la case prévue pour les frais de déplacement. «Cela lui vaudra une diminution d'impôt d'environ 1410 francs», calcule Bernard Dafflon, professeur et directeur de la chaire de finance publique à l'Université de Fribourg.

Imaginez maintenant exactement la même situation, en remplaçant simplement l'employé de commerce par un cadre supérieur payé chaque mois 13 000 francs. «Le rabais d'impôt sera alors de 2063 francs, soit 653 francs de plus que pour l'employé de commerce, ce qui est aberrant», s'insurge Bernard Dafflon. Pourquoi? Alors que tous les deux déduisent la même somme (7000 fr.) de leur revenu, l'impact sur la taxation est bien plus important pour le cadre. Un effet pervers lié au barème progressif des impôts.

Pour le spécialiste, les déductions nuisent au principe qui veut que plus un individu a des revenus importants, plus il paye d'impôts. «Les revenus élevés récupèrent par les déductions ce que le barème progressif devrait ponctionner.»

Tous taxés au même taux?
Pour corriger ces inégalités, le professeur défend l'idée d'un impôt à taux linéaire («flat tax»). Le principe? Appliquer le même taux à tout le monde. La caissière de supermarché paierait par exemple 13% d'impôts, comme Daniel Vasella, patron de Novartis, qui verserait 13% de sa rémunération, options et actions comprises. «Ce calcul devrait être basé sur la rémunération brute totale: ce serait bien plus simple et transparent, avance Bernard Dafflon. Il faudrait ensuite adapter une politique de redistribution, par exemple sous forme d'allocations familiales ou de subsides à l'assurance-maladie, pour soulager les revenus moyens et faibles.»

En 2007, le Parti radical avait lancé un projet baptisé «EasySwissTax», une sorte de flat tax à la sauce helvétique. Avec la promesse, pour le contribuable, d'une déclaration d'impôt simplifiée à l'extrême. Mais voilà: pas facile de faire changer le système en profondeur. Notamment parce que les politiciens, de qui l'impulsion devrait venir, trouvent également leur intérêt dans le mode actuel de calcul des impôts, qui favorise le clientélisme. «Il y a un décalage entre, d'un côté, le discours qui prône la simplification et, de l'autre, la vie politique au quotidien où les partis «vendent» les déductions à leurs électeurs», relève Yves Noël, avocat et professeur de droit fiscal à l'Université de Lausanne. Autre frein aux réformes, l'administration fiscale, qui tire ses revenus de la complexité du système: elle n'est pas pressée, rappelle Bernard Dafflon.

En clair, les déductions ont encore de beaux jours devant elles. D'ailleurs, la tendance est à la multiplication de déductions. Ainsi, dès 2011, une catégorie supplémentaire viendra s'ajouter à la liste actuelle: le contribuable pourra déduire les dons qu'il fait... aux partis politiques.

La charge fiscale des familles à la baisse
Le système des déductions a beau être par essence inégalitaire et profiter surtout aux revenus aisés, tous les citoyens peuvent en bénéficier.

Les contribuables modestes ont même tout intérêt à ne rater aucune des déductions qui leur est proposée! Voici les nouveautés dont il faut tenir compte au moment de remplir sa déclaration.

Déduction pour les enfants
Cette année, les familles figureront parmi les principaux bénéficiaires des déductions. La quasi-totalité des cantons romands ont décidé d'alléger la charge fiscale de cette catégorie de contribuables.

Et en l'occurrence, c'est le Valais qui montre l'exemple. Pour un enfant de moins de 6 ans, la déduction atteint 7510 fr. et va jusqu'à 11 410 fr. dès l'âge de 16 ans pour chaque enfant suivant un apprentissage ou des études. Le Jura a également revu ses forfaits à la hausse à 5400 fr. par enfant, soit une augmentation de 800 fr.

Frais de garde
L'effort en faveur des familles ne s'arrête pas là: la déduction pour frais de garde a également été revue à la hausse. En Valais, Elle passe de 2100 à 4000 fr. Seul Fribourg, qui permet de défalquer jusqu'à 4500 fr. fait mieux. Le canton de Vaud lui aussi se montre plus généreux en la matière et rattrape son retard. Les parents vaudois pourront dorénavant soustraire 3500 fr. par enfant contre 1300 auparavant.

Pour que la Confédération emboîte le pas aux cantons, il faudra encore attendre une année et l'introduction d'un barème parental pour le calcul de l'impôt fédéral direct (IFD): les familles bénéficieront alors d'un rabais de 250 francs par enfant. Un rabais auquel il faut ajouter jusqu'à 10 000 francs de frais de garde pour les moins de 14 ans.

Frais de déplacement
A côté de ces bonnes nouvelles pour les familles, d'autres déductions ont également été rehaussées: en matière de frais de déplacement, le dédommagement au kilomètre passe de 0,65 à 0,70 centimes et le forfait maximal pour «autres frais professionnels» augmente, à 4000 fr. Ce montant forfaitaire maximum peut toutefois être dépassé si le contribuable fournit des justificatifs de ses frais effectifs. Ceux-ci peuvent concerner l'outillage professionnel, y compris le matériel informatique ou les logiciels. Pour 2009, c'est probablement trop tard, mais en 2010, pensez à garder les quittances de vos dépenses professionnelles! Le même principe est valable pour les autres types de frais, comme ceux liés à la santé.

Troisième pilier lié
Dernière modification importante cette année: les versements au 3e pilier lié (3a). Le montant maximum qui peut être soustrait passe dorénavant à 6566 fr. et renforce encore la prévoyance comme outil d'optimisation fiscale pour ceux qui en ont les moyens.

Source: LeMatin.ch